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Les Fidèles d'Amour

« Tout ce qui est glorieux sera recouvert d'un voile » Isaïe.

« Ô vous qui avez l'intelligence saine, considérez la doctrine qui se cache sous le voile de ces vers mystérieux », Dante.

J'ai choisi de vous parler aujourd'hui des Fidèles d'Amour car une réflexion sur ce sujet, à la croisée de différentes traditions, ne peut que nous interpeller, nous, martinistes ou maçons du Régime Écossais Rectifié.

L'étude de ce thème est assez récente (dans les années vingt) bien que l'œuvre de Dante, figure emblématique des Fidèles d'Amour, ait déjà fait l'objet de différentes études depuis le XIXe siècle.

Ce sont surtout l'Italien Luigi Valli en 1928 puis l'incontournable René Guénon au début des années 50 qui ont étudié cette organisation. Toutefois, la difficulté, et d'ailleurs l'intérêt de ces études, tient au fait que l'on dispose d'une œuvre littéraire et poétique conséquente soumise à notre sagacité par les Fidèles d'Amour, alors qu'il n'existe aucun document témoignant de leur organisation en tant que société ésotérique.

Toutes les hypothèses sont alors possibles et la Prudence, vertu cardinale, sera de bon aloi afin d'éviter les égarements.

Ce thème a déjà été traité ou abordé par des auteurs éminents et je ne m'engagerai pas sur la voie de l'encyclopédisme. Je préfère, peut être maladroitement mais de façon plus personnelle, laisser parler mon cœur, puisque tel est le sujet.

Mon modeste travail se limitera à vous présenter ce que j'ai retenu des Fidèles d'Amour en abordant successivement le contexte politique et religieux qui prévalait en Italie au XIIIe siècle, puis les Fidèles d'Amour en tant qu'organisation sous les aspects exotérique et ésotérique, ensuite nous remonterons aux sources de leurs influences, et enfin nous nous rendrons sur des Terres de rencontres. Dans une seconde partie, je développerai deux aspects qui me tiennent plus particulièrement à cœur, la transmission de la Tradition et la mystique de l'Amour.


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L'époque qui a vu l'apparition des Fidèles d'Amour correspond à une période de mutations et d'incertitudes. Alors que la situation apparaît florissante sur le plan économique, des enjeux de pouvoirs déchirent l'Italie entre luttes sociales et guerres régionales. Au centre de la tourmente se retrouvent les problématiques du rôle de l'Église ainsi que de la relation des papes avec le pouvoir tant politique que financier.

Florence, où Dante naquit en mai 1265, était en voie de devenir la plus puissante cité de l'Italie centrale et l'une des plus considérables de l'Occident chrétien. Dès 1250, un gouvernement communal, imposé par les forces associées de la bourgeoisie et de l'artisanat, avait mis fin à la suprématie des maisons nobles.

Deux ans plus tard étaient frappés les premiers florins d'or, qui allaient devenir, et pour trois siècles, lesdollarsde l'Europe marchande.

Les banquiers florentins sont portés au premier plan par les événements liés au conflit entre la papauté et les Hohenstauffen, dont l'écho retentit à travers le poème de Dante. Aux prises avec Frédéric II d'abord, puis avec son fils naturel Manfred, les papes qui se succédèrent à cette période firent en effet des Florentins les agents financiers de la politique anti-impériale qu'ils poursuivaient, en raison essentiellement de leur bonne implantation de grands marchands en France et en Angleterre. L'Église n'offrit pas seulement de formidables occasions d'enrichissement et d'expansion aux banquiers florentins, elle leur fournit aussi un réseau et un soutien qui ne leur firent jamais défaut au cours des décennies qui suivront. Contrairement aux marchands vénitiens, soutenus dans leur implantation par la puissance de la République, les succursales des compagnies florentines s'installaient de préférence là où elles pouvaient s'épanouir à l'ombre du pouvoir ecclésiastique. Par ailleurs, à l'époque du Pape Boniface VIII (1294-1303) toutes les grandes banques florentines participaient à la gestion des finances de la papauté.

De cette lutte d'influence devait naître le conflitentre les Guelfes, acquis à l'autorité temporelle des papes, et les Gibelins, défenseurs de la primauté politique des empereurs. Les Guelfes allaient se diviser un peu plus tard en Noirs et Blancs.

L'attitude de Boniface VIII à l'égard de Florencereposait sur le fondement théorique de la suprématie du souverain pontife au spirituel et au temporel sur tous les peuples et rois de la Terre, suprématie qu'il proclamera bientôt dans sa bulle Unam Sancta, au fort de sa controverse avec Philippe le Bel, à propos de l'imposition du clergé par le roi. En cela, il se rattachait à une tradition théocratique désormais séculaire, même si, à son époque, le conflit de pouvoir ne se jouait plus avec l'institution impériale, mais avec les États nés sur la marge ou les ruines de celle-là.

En effet, le geste du couronnement de Charlemagne impliquant la bénédiction de l'Église, donnait sa validité au titre impérial mais attribuait également à l'Empereur un caractère sacré, en faisant acquérir à celui-ci une dimension spirituelle qui le mettait au même niveau que le Pape et l'autorisait à prendre part aux affaires religieuses. Puis, avec Othon le Grand, roi de Germanie et roi d'Italie, la vision carolingienne d'une suprématie de l'empereur sur le pape pour le plus grand bien de l'humanité resurgit. L'année même de son couronnement, Othon 1er confirmait les papes dans leurs possessions italiennes, mais s'arrogeait le droit de s'assurer que les élections pontificales se dérouleraient conformément au droit canon. A partir d'Henri IV commence une période de conflits avec la papauté qui en un demi-siècle, de Canossa (1077, d'où l'expression « aller à Canossa ») au concordat de Worms (1122), aboutira au rétablissement de l'autorité de l'Église impliquant son autonomie dans l'élection du pape et la nomination des évêques. Le pape Grégoire VII (1073-1085), réformateur issu de Cluny, voit dans la suprématie de l'Église sur tout pouvoir terrestre la seule garantie pour la pleine manifestation de son magistère. Le pape peut donc excommunier et déposer le monarque, s'il estime que celui-ci est un obstacle pour le salut de ses sujets. La tiare, sorte de casque surmonté d'une couronne, symbolise cette souveraineté universelle que le pape s'octroie.

La bulle Unam Sanctam (1302), apparaît donc comme la dernière expression de la théorie pontificale. Le pape, vicaire du Christ, dispose d'une double autorité, spirituelle et temporelle : les deux glaives.

Ces quelques considérations semblent indispensables afin de mieux appréhender le contexte historique qui nous intéresse, mais aussi peuvent mieux nous éclairer sur l'évolution ultérieure des relations des papes et du pouvoir.

Les liens que l'Église noue avec l'argent à cette période deviennent progressivement plus forts et plus nombreux. Mais finalement, loin de consolider sa suprématie sur les puissances terrestres, ils ne lui apportent que le déclin de son autorité spirituelle et sont la cause première de son affaiblissement temporel.

Comme un grand principe de la nature veut que toute action entraîne une réaction, celle-ci s'exprime sous deux formes : d'une part des hérésies ou qualifiées comme telles par l'Église, d'autre part la dissidence franciscaine. Car à l'intérieur même de l'Église des voix s'élèvent pour déplorer et accuser. C'est le rôle que s'attribue l'aile rigoriste du mouvement franciscain impitoyablement persécutée du reste par les papes les plus liés à l'argent, Boniface VIII et Jean XXII.

C'est ainsi à cette période qu'une organisation apparemment à vocation littéraire et poétique voit le jour ou, devrais-je dire, la Lumière.

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La présence d'un mouvement littéraire, les fedeli d'amore, est attestée au XIIe siècle essentiellement en Italie, mais aussi en Provence et en Belgique. Mouvement littéraire, en apparence, car sont parvenus jusqu'à nous des poèmes de Guido Cavalcanti et de Jacques de Baisieux ainsi que l'œuvre magistrale de Dante. Tous exaltent un amour quasi mystique pour une Femme mystérieuse. Voici donc pour l'aspect exotérique qui suffirait à classer ce mouvement dans la lignée de l'amour courtois ou l'amour sublimé du fin'amor des troubadours.

Or, la particularité du style employé au bénéfice d'un symbolisme puissant, des allégories et évocations plutôt troublantes intriguèrent certains auteurs. Cela les incita à rechercher si la littérature ne constituait pas un voile qu'il fallait soulever, comme nous le suggère Dante.

Si l'ésotérisme des fedeli d'amor a été décelé au milieu du 19e siècle par Rosseti, son étude a été plus particulièrement approfondie à partir des années vingt par Valli, Guénon et Eliade.

Il en ressort que les Fidèles d'Amour constituaient certainement une organisation secrète et spirituelle ayant pour but le culte de la« Femme unique » et l'initiation dans le mystère de « l'Amour ». En fait, on ne connaît rien de leurs rites initiatiques mais ils devaient exister, parce que les Fidèles d'Amour constituaient une milice et tenaient des réunions secrètes.

Tous utilisaient un langage caché, le parlar cruz, afin que leur doctrine ne fut pas accessible à la gente grossa, comme le suggère Jacques de Baisieux dans un poème : " ..on ne doit pas révéler les conseils d'Amour, mais qu'on les cache bien soigneusement... ".

Leurs symboles et signes ne sont pas sans rappeler ceux que l'on peut retrouver dans des sociétés initiatiques qui apparaîtront ultérieurement. Leur organisation révélerait d'après Guénon une division en sept degrés initiatiques et un riteparticulier au troisième degré, le saluto, se déroulant à la Toussaint alors que les initiations devaient avoir lieu à Pâques.

Les poèmes évoquent souvent une « fontaine d'enseignement » située au pied d'un arbre, allusion au Paradis terrestre et àl'Arbre de vie. Chez les Fidèles d'Amour, cet arbre est généralement un pin, un hêtre ou un laurier, arbres qui ont la particularité de demeurer toujours verts.

Un poème de Guido Cavalcanti, à qui Dante dédia sa « Vita nova », permet d'illustrer ce symbolisme des Fidèles d'Amour :

Fraîche rose nouvelle...

" Fraîche rose nouvelle

Agréable printemps

Par prés et par rivières

Joyeusement chantant

Je dis vos précieux mérites

A la verdure.

Que vos mérites précieux

Soient source nouvelle de joie

Pour les hommes et jeunes gens

Qui s'en vont par tous les chemins.

Que chantent les oiseaux

Chacun en son latin.

Le soir et le matin

Sous les verts arbrisseaux.

Que tout le monde chante

Puisque la saison vient,

Chante comme il convient.

Votre rare noblesse,

Car êtes angéliques

Créature.

Angélique apparence

En vous, Dame, réside :

Dieu, quel bonheur pour moi

Vous avoir désirée ?

Votre visage de bonheur

Bien plus haut, bien plus loin

Que nature et usage,

Est chose qui touche au miracle.

Si les femmes entre elles

Déesse vous appellent.

C'est que l'êtes vraiment.

Vous êtes si jolie

Que ne sais le conter.

Peut-on imaginer

Au-delà de Nature ?

Au-delà de Nature humaine

Dieu vous donna fine plaisance

Pour que vous soyez souveraine

Dans votre essence même,

Pour que votre aspect ne révèle

Nul air distant à mon égard,

Et que la douce Providence

Ne soit pas trop dure envers moi !

Si vous me jugez trop hardi

De m'être mis à vous blâmer,

Car seul Amour me pousse.

Contre lui ne vaut force

Ni mesure"

Tout le symbolisme récurrent dans l'œuvre des Fidèles d'Amour apparaît dans ce poème : le symbolisme végétal, (les arbrisseaux, les prés, la verdure) et son corollaire la couleur verte ; la source et les rivières symbolisant la Connaissance et la Sagesse ; le chant, support du message qui peut être crypté puisque chacun le chante en son latin, ce qui n'est pas sans rappeler le « langage des oiseaux » d'autres traditions ; l'omniprésence de la Dame dont la beauté supra-humaine est exaltée jusqu'à la Pureté ; le désir de la Dame qui s'apparente à une quête, et surtout cet incommensurable Amour comme moteur de la quête.

Mais avant de développer d'avantage le symbolisme des Fidèles d'Amour, il convient d'évoquerbrièvement Dante, qui mériterait à lui seul un article.

Né à Florence en 1265, Dante est issu d'une famille noble mais sans fortune. Orphelin de mère à treize ans, sa première jeunesse ne peut être entrevue qu'à travers de très rares documents et la narration romancée de la « Vita nova » ( ou Vita nuova...), écrite à partir de 1283. La vie nouvelle, c'est la jeunesse de Dante illuminée par son amour pour Béatrice, la révélation primordiale que cet amour lui apporte au début de son existence. Il n'a pas neuf ans lorsqu'il s'éprend de celle qu'il aimera pour l'éternité et qui est lors une enfant de huit ans. Dante est âgé de dix-huit ans lorsqu'il reçoit de Béatrice " un très doux salut " qui lui fait " voir les confins de la béatitude ". Soucieux de cacher son amour, Dante fit mine d'être épris de deux autres femmes, jusqu'au jour où Béatrice, elle-même abusée par ce simulacre, lui refusa son salut. Après un accès de douleur, il prend le parti de se vouer à la louange de sa Dame. Malheureusement, Béatrice mourut à l'âge de vingt-quatre ans.

La lutte faisant rage à Florence entre Blancs et Noirs, Dante est en 1300 au nombre des six prieurs, chargés de l'autorité exécutive, qui tentent vainement d'apaiser le conflit en proscrivant les chefs des deux partis. Comme le pape Boniface VIII intrigue avec acharnement en faveur des Noirs, trois émissaires lui sont dépêchés en 1301 par les Blancs au pouvoir. Dante est l'un d'eux. Il n'a pas regagné Florenceque les Noirs, qui viennent de s'en rendre maîtres, le bannissent, le 27 janvier 1302, du chef de prévarication. Le sentiment d'avoir été indignement joué par Boniface VIII, qui l'avait retenu à Rome après avoir renvoyé les deux autres émissaires, ne l'abandonnera plus jusqu'à sa mort à Ravenne le 13 septembre 1321.

Son œuvre comprenddes pièces lyriques, les « poésies de la pierre » où il exprime une passion née au cœur de l'hiver, quasiment contre la loi de la nature, d'une ardeur inquiétante et comme exaspérée au milieu d'un monde assombri et glacé.

Le traité du « Convivio » (Le Banquet) constitue certainement un remède à la douleur où la mort de Béatrice l'avait plongé. Alors que « De vulgari eloquentia » est un essai linguistique en latin, « De Monarchia », écrit vers 1311, apparaît comme un soutien à l'empereur contre les prétentions temporelles de la papauté. Dante défend dans cet ouvrage une thèse en trois parties : La monarchie universelle est nécessaire au genre humain (I), elle a été légitimement acquise par le peuple romain (II), elle est directement conférée par Dieu sans l'intermédiaire du pape (III). On attribue par ailleurs à Dante la traduction du « Roman de la Rose » sous le nom de Durante, qui fut certainement son véritable patronyme.

Mais l'ouvrage majeur et le plus symbolique de Dante demeure certainement « La Divine comédie », objet de nombreuses études tant littéraires qu'ésotériques, René Guénon lui consacra son livre« L'ésotérisme de Dante » .

La Divine comédie apparaît comme un voyage initiatique, de l'enfer au paradis, voyage similaire en de nombreux points à l'initiation maçonnique (L'Enfer, la mort, le cabinet de réflexion, jusqu'au Paradis, l'Orient, la Lumière).

D'après son auteur, la « Divine comédie » peut se lire suivant quatre degrés de signification, du plus extérieur au plus subtil. Ce n'est pas sans rappeler les quatre niveaux de lecture de la Thorah indiqués par la Kabbale, quatre niveaux dont les initiales forment le mot Pardès, le Paradis si souvent évoqué dans les poèmes des Fidèles d'Amour.

La Divine comédie, ainsi nommée pour souligner la dynamique au dénouement heureux, est le récit, fait par le protagoniste lui-même, à la première personne et au passé, d'une expérience exceptionnelle qui consiste à visiter, vivant, les trois royaumes de l'au-delà sous la conduite de Virgile d'abord, jusqu'au Paradis terrestre, de Béatrice ensuite, jusqu'à l'Empyrée. Dante est à la fois acteur et auteur de son poème, mais plus que le poète, il est le pêcheur en quête de rédemption, symbole de l'Humanité menacée de damnation. On peut penser que Virgile symbolise la science humaine et Béatrice la science divine. Ils se relayent parce que Virgile, païen, n'a pas le droit de pénétrer au Paradis. Elle prend donc le relais et conduira à la fin du voyage Dante jusqu'au parfait Amour, celui de la gnose divine, de la connaissance de Dieu.

Cette mission que Dante s'attribue pour la Rédemption de l'Humanité apparaît dès le prologue. Dante a alors trente-cinq ans, en 1300, et le premier vers commence ainsi : " Au milieu du chemin de notre vie... " en écho d'Isaïe dans le cantique d'Ezéchias : " Au midi de mes jours, je m'en irai aux portes du shéol.... ".

Ce voyage commence dans une forêt obscure où le pêché et la détresse l'on conduit durant la nuit. Cela nous rappelle évidemment l'impétrant privé de lumière des initiations maçonniques. Nous retrouvons également avec la forêt le symbolisme végétal. Son voyage, sa quête se poursuivra dans le sens descendant, l'inversion se produisant avec la rencontre de Satan. La progression vers le Paradis s'apparente alors à une exaltation.

Il faut souligner la structure ternaire du texte, ainsi que des rimes au sein d'un chant : c'est le système de la terza rima, trois rimes répétées trois fois, trente-trois syllabes par terzina représentant la structure métrique du chant.

Les chiffres 3, 7 (la perfection), 9 (la régénération), 33 sont par ailleurs omniprésents dans la Divine comédie.

Il est également intéressant de noter les personnages que Dante croise au cours de son périple, et tout particulièrement le rôle et la haute considération qu'il porte à saint Bernard. Celui-ci l'accompagne tel l'Expert d'une main ferme mais fraternelle, et l'invite " à voler à travers la Rose, par les yeux " car " dans le jaune de la Rose sempiternelle l'Amour fait mouvoir le soleil et les étoiles ". Au sujet d'étoiles, il est pour le moins troublant de voir décrire la constellation de la croix du sud, visible dans l'hémisphère sud.

Il est tout aussi surprenant de découvrir parmi ces personnages Joachim de flore, Avicenne, Averoes et Saladin !

Par contre, Dante voile à peine ses sentiments, que l'on ne pourrait qualifier d'amicaux, à l'égard du pape Clément V, qui devait dissoudre l'Ordre du Temple, et qu'il place en enfer avec Jean XXII.

Certains auteurs ont pu alors penser que les Fidèles d'Amour œuvraient au renversement de la papauté. En effet, Amor se lit à l'envers Roma et Dante serait un précurseur de Luther et de la Réforme.

Telle n'est pasmodestement mon opinion compte tenu de la référence et de l'attachement à Bernard de Clairvaux. Il est certain que cette collusion de l'Église avec le pouvoir politique et cette prévarication du clergé n'avaient plus aucuns rapports avec l'Ecclesia rassemblée autour du Christ et on décèlera plutôt un désir ardent de renouer avec l'Église primitive.

Le clergé doit faire preuve d'humilité, tout entier dévoué au service de cette Église. Saint Bernard ne dit-il pas que "le pape ne doit pas dominer mais servir " ?

Aussi, loin de vouloir renverser l'Église, les Fidèles d'Amour souhaitaient-ils rétablir le « vicaire du Christ », successeur de Pierre, et son Église dans leurs rôles initiaux et leur pureté originelle.

Guénon pour sa part analyse le symbolisme de la Divine comédie pour étudier une relation entre Dante et le rosicrucianisme, puis entre Dante et l'Ordre du Temple, lui décernant même un grade maçonnique apparu ultérieurement : chevalier Kadosh. Je laisserai à Guénon la paternité de sa thèse, ne disposant pas d'informations permettant de corroborer ces assertions. Si Dante fut Rose+Croix, il s'agit d'un état initiatique sans aucun lien avec un mouvement rosicrucien qui s'extériorisera à partir de 1614. D'ailleurs, les symboles de la Rose et de la Croix ne sont pas le monopole de ce mouvement mais appartiennent à l'héritage de la chrétienté.

Plus intéressante est l'hypothèse d'une relation entre les Fidèles d'Amour et l'Ordre du Temple, non seulement parce que cette organisation apparut au moment où l'Ordre du Temple disparut, mais aussi parce que l'on peutrelever un certain nombre de coïncidences troublantes sur lesquelles je reviendrai, malgré qu'aucun document ne puisse l'attester. " Le hasard n'existe pas, c'est le nom donné à une loi que l'on ne connaît pas " énonce le sixième principe de Thot-Hermès.

Ce voile dont parlait Dante a de toute évidence permis d'occulter un message aux non-initiés, mais surtout de tenir des propos qui, rédigés autrement, auraient valu le bûcher à leurs auteurs.

On a à plusieurs reprises souligné l'importance de la Dame, cette Femme Unique, personnifiée et sublimée sous les traits de Béatrice par Dante. Béatrice agit en médiatrice entre Dieu et l'Humanité en quête de Rédemption. Dans ce sens, elle peut représenter la théologie, donc le mystère du salut.

On rencontre dans les textes des Fedeli d'Amore l'allusion à" une veuve qui n'est pas veuve " : c'est la Madonna intelligenza, qui est restée veuve parce que son époux, le Pape, mourut à la vie spirituelle en se consacrant exclusivement aux affaires temporelles. Cet Amour passion pour la Dame évoque l'Unio mystica de la tradition chrétienne, c'est à dire l'union de l'Âme et du Christ. En effet, saint Augustin nous dit que " l'Amour parfait est un Amour d'union ". Pour saint Bernard, l'Épouse représente l'Église alors que l'Époux représente le Christ.

La Femme symbolise également l'intellect transcendant, la Sagesse. Dans l'Église occidentale, cette sagesse divine est personnifiée par la Vierge Marie. L'Église d'Orient distingue quant à elle la Mère de Dieu, Théotokos, de la sagesse céleste, Sophia. Cette connaissance divine peut être entendue comme une Gnose et le Fidèle doit remonter jusqu'à la source de cette Connaissance, source située au pied de l'Arbre de Vie, comme nous l'avons vu précédemment.

On notera aussi le rapprochement entre l'Amouretla Mort, la mort évoquant la mort initiatique du profane. Paracelse dit que" celui qui veut entrer dans le Royaume de Dieu doit premièrement entrer avec son corps dans sa Mère et là, mourir ". La Mère symbolise alors la materia prima.

Guénon constate la racine commune des motsl'amouretla mort, « mor », et dans « a-mor » elle est précédée d'un « a » privatif. « A-mor » signifierait « sans mort » donc l'immortalité. Dans ce sens, les « morts » seraient les profanes auxquels correspondrait l'Enfer, et les « immortels », les initiés accédantau Paradis par les degrés de la hiérarchie initiatique.

Cet Amour sublimé voué à la Dame apparaît dans d'autres mouvements ou traditions et il ne serait pas inutile de tenter là aussi de remonter aux sources, permettant ainsi de faire des comparaisons, mais aussi d'éviter des confusions.

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Les troubadours apparaissent en 1110, dès Guillaume IX d'Aquitaine, et l'on en compte 350. Tous ne sont pas intéressés par le mystère du Monde et de l'Homme.

L'usage du style obscur (trobar clus), l'idéal d'un amour sublimé (fin'amor) rapprochent les troubadours des Fidèles d'Amour. Mais la comparaison s'arrête là. Certains troubadours ont pu servir de vecteur de l'idéal cathare dans le sud-ouest, idéal voilé par une lecture poétique au premier degré protégeant ainsi le poète des persécutions.

Dans cette même région, Aliénor d'Aquitaine, fille du premier troubadour connu, Guillaume de Poitiers (1071-1127) développe l'amour courtois. Alors que la femme de l'aristocratie médiévale est en position d'infériorité et subit la conduite brutale des maris, ce « vrai amour » implique une culture supérieure et complexe, voire une mystique et une ascèse. Cet amour exalte la Dame et l'amour extra-conjugual. Ce ternaire amoureux, si je peux m'exprimer ainsi,le seigneur - la Dame - le chevalier, s'opérait sur la base d'un accord tacite, courtois, permettant au seigneur de consolider l'allégeance du chevalier à son égard. Cet amour sublimé demeure le seul élément de comparaison avec les Fidèles d'Amour.

De nombreux points communs apparaissent par contre avec l'Art d'Amour, l'Alchimie. Ce nom provient comme chacun sait d'Al Kïmiyä, la terre noire, l'Égypte par référence à la terre limoneuse du Nil. On retrouve ce besoin impérieux de purification car " en perdant la pureté du cœur, on perd la science… " nous dit l'alchimiste Nicolas Valois. La quête alchimique, la Pierre Philosophale, n'est-elle pas comparable au voyage initiatique de Dante dans la Divine comédie? Cette Pierre n'est-elle pas la Connaissance, la Sagesse que représente la Dame chez les Fidèles ? Comme l'Amour permet d'accéder à la Femme, il permet également à l'alchimiste d'accomplir son Œuvre.

Dans l'Ancien Testament, le Cantique des Cantiques exalte lui aussi un Amour sublimé pour une Femme dont le teint est....noir :

" Pose-moi comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras, car l'amour est fort comme la mort. ".

Si l'on se réfère à l'Arbre de Vie de la Kabbale, le chemin conduisant de la Beauté à la Sagesse par la voie de la Miséricorde rappelle quelque part le chemin conduisant le Fidèle vers la Dame qui, grâce à son Amour, l'accompagnera jusqu'à la Couronne.

Enfin, on peut relever des similitudes avec l'œuvre d'auteurs musulmans, en particulier au sein du soufisme.

On peut citer ainsi Ibn Hazn, né à Cordoue, qui a écrit un livre de poèmes, « Le collier de la colombe »et surtout Ibn Arabi (560-1165), né à Murcie, qui suite à des visions extatiques, a écrit des poèmes « L'interprétation des désirs » inspirés par un brûlant amour qui rappelle les rapports de Dante et de Béatrice.

Il est toutefois surprenant de découvrirdes fidèles d'Amour au sein de l'Islam iranien, grâce à un ouvrage présenté par Henry Corbin, « Le jasmin des Fidèles d'Amour ». Son auteur se nomme Rûzbehan, né près de Shiraz en 522. Son nom signifie « à l'heureux destin » et s'il devait souffrir d'une comparaison en occident, ce serait avec Swedenborg. La doctrine qu'il expose dans le Jasmin est issue de visions et d'expériences extatiques, car il lui a été dit : " cherche-moi dans la demeure mystique de l'Amour. "

Le livre du Jasmin représente un pèlerinage intérieur qui postule l'implication suivante : le mystère de la divinité, du Trésor caché se révélant à soi-même, est représenté et éprouvé du coté mystique comme étant le mystère même de l'Amour pré-éternel, et c'est à partir de cette intuition initiale que le rapport entre l'Amour divin et l'amour humain est éprouvé comme un rapport entre deux formes d'un seul et même Amour.

En raison de cette implication, la forme humaine de l'Amour devient l'initiation nécessaire à sa forme divine. La Béatrice du Jasmin des Fidèles d'Amour s'appelle Majnûn, le « miroir de Dieu ».

On retrouve donc tant sur le fond que sur la forme de grandes similitudes entre les Fidèles d'Amour d'Orient et ceux d'Occident. Un proverbe arabe dit justement que " le hasard est l'ombre de Dieu ".

Toutes ces comparaisons nous incitent à nous rendre sur des terres de rencontres que sont l'Espagne et la Terre Sainte, ou trois fois sainte, devrais-je dire. Ces terres sont en effet les lieux de rencontres des trois religions du Livre et de leurs traditions.

En Espagne tout d'abord, où la cohabitation fut plus ou moins harmonieuse jusqu'à l'Inquisition. Cette cohabitation put évoluer parfois jusqu'à l'imbrication des traditions et permettre à des traditions chrétiennes d'intégrer la mystique soufie et la kabbale hébraïque.En 1533, Agrippa évoquait la fusion de la Kabbale, de l'hermétisme et de la magie arabe.

C'est sur cette terre que voyagea et se forma vraisemblablement un certain Gilbert d'Aurillac, futur archevêque de Reims puis de Ravenne, conseiller du jeune empereur Othon III, et qui devint le pape de l'An mil sous le nom de Sylvestre II. Sa mort tant prématurée que mystérieuse l'empêcha d'assouvir son désir d'Union.

La Terre Sainte représente le lieu saint des trois religions du Livre. Cette terre fut un lieu de rencontre mais essentiellement de confrontations, ce quelle demeure de nos jours. Les croisades, mythe fondateur de l'occident, ont certes généré des confrontations, la guerre sainte ayant été décrétée dans les deux camps, mais aussi des rencontres et des échanges, tout particulièrement entre les Templiers et certaines traditions de l'Islam, comme celle des Ismaéliens .

Certains écrits attestent de rencontres en arrière plan de batailles en vue de contrôler les lieux saints. Ces faits ont été développés par certains auteurs déjà cités. Plus récemment, Jacques Rollanddans « L'Ordre noir des Templiers » présente sa thèse analysant le rôle de cet Ordre en Terre Sainte et ses interactions avec d'autres Traditions.

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En relation avec ce qui vient d'être dit précédemment, je souhaiterais, pour terminer aborder deux points plus personnels.

Il paraît donc plausible que les Fidèles d'Amour aient bénéficié d'un transfert, non pas de technologie, maisdu dépôt initiatique d'une Tradition, voire même du dépôt de plusieurs Traditions.

Comme l'arbre est un symbole récurrent des Fidèles d'Amour, j'emploierais l'image de la bouture pour parler de la transmission de la Tradition. Une organisation, un groupe, une société semblent surgir ex nihilo mais ce n'est que la structure, l'enveloppe. Grâce à cette bouture, le message de fond, intangible, peut se développer dans un nouveau contexte favorable. C'est ainsi que bien que rien ne démontre une filiation directe des Templiers et des Fidèles d'Amour, on retrouve des traces, des similitudes qui ne doivent rien au hasard.

" Toutes les traditions de la terre ne peuvent se regarder que comme les traditions d'une Nation-mère et fondamentale qui, dès l'origine, avait été confiée à l'homme coupable et à ses premiers rejetons " écrit Louis-Claude de Saint-Martin dans« De l'esprit des choses ».

Cette Tradition primordiale est devenue malheureusement la« tarte à la crème » de l'ésotérisme, un fourre-tout syncrétique récupéré par certaines tendances « new-age ».

Ce n'est pas vers l'aval, mais en remontant les fleuves jusqu'à la Source, que l'on peut espérer découvrir cette Tradition et son message dans leur pureté originelle.

S'il y a transmission dans le temps, on suppose qu'il a volonté de transmettre et donc nécessairement une coordination, un plan : une synarchie, le mot est lâché ! Non pas la synarchie de Saint-Yves d'Alveydre en tant que forme d'organisation politique et sociale de la société, mais plutôt une sorte de centre de décision. Sans sombrer dans la paranoïa ou le mythe du complot, on peut toutefois légitimement s'interroger. Car, entre haussement d'épaules et réécriture d'une histoire parallèle, la vérité est certainement plus subtile : ni blanc ni noir mais des nuances de gris ! Alors, cette synarchie ne s'appellerait-elle pas plus communément la Providence, la théodicée, expression des desseins de Dieu ?

Cependant, Wronski, cité par Sédir dans « Histoire et doctrine des Rose+Croix »affirme que : " ne pouvant non plus diriger ouvertement les destinées terrestres, parce que les gouvernements s'y opposeraient, cette association mystérieuse ne peut agir autrement que par le moyen des sociétés secrètes... Ces sociétés, crées à mesure qu'on en a besoin, sont détachées par bandes distinctes et opposées en apparence, professant respectivement, et tour à tour, les opinions du jour les plus contraires, pour diriger séparément et avec confiance, tous les partis religieux, politiques, économiques et littéraires, et elles sont rattachées à un centre inconnu où est caché le ressort puissant qui cherche ainsi à mouvoir invisiblement tous les sceptres de la terre ".

La question a le mérite d'être posée et peut-être que, parmi les lecteurs, certains détiennent des réponses ou des fragments de réponses.

Pour ma part, ce qui me fascine le plus dans la transmission de la Tradition, c'est le thème de la mystique de l'Amour, cette tradition d'Amour, commune à tant de traditions tant exotériques qu'ésotériques.

D'emblée, on relèvera la polysémie du mot amour. Le mot grec agapê signifie amour, tendresse, dévouement. Son équivalent latin est caritas, que nous traduisons par « charité ». Généralement, la langue profane emploi agapê pour désigner un amour de parenté ou d'amitié, distinct de l'amour-passion, distinct du désir amoureux : celui-ci en grec est appelé eros, en latin amor, (français : amour) ou cupido, cupiditas (français : désir, envie, passion amoureuse).

Lorsqu'on oppose eros et agapê, on sous-entend que le premier est un amour de prise, captatif, intéressé, et le second un amour de bienveillance, de prévenance, de courtoisie.

Si agapê convient principalement à un amour fraternel , éros convient davantage à un amour enflammé.

Or, ce message d'amour est le message central du Nouveau Testament. Après le Dieu vengeur de l'Ancien , saint Jean nous annonce que " Dieu est amour " (I, Jean, IV, 8-16). Dans sa première lettre aux Corinthiens, Paul fait de la charité la Vertu des vertus. Il la décrit comme patiente, bonne, dépourvue de vanité, d'orgueil, à base de droiture et de désintéressement. Car si l'Amour est vide d'ego, l'ego est vide d'Amour.

Paul identifie cette vertu à une générosité du cœur qui entraîne la générosité de l'intelligence.

Si le don de soi apparaît indispensable à l'amour, il faut également être purifié afin d'être apte à l'illumination : cela évoque le cuore gentile des Fidèles d'Amour, le cœur purifié. Le cœur est généralement considéré comme le siège de l'amour et les Égyptiens le représentaient sous la forme d'un réceptacle, un vase. Or, le Graal servit à recevoir le sanget l'eau s'échappant du flanc du Christ percé par la lance de Longin. La croix, symbole axial, rappelle l'Arbre des fidèles et le Graal, la Source. LeChrist témoigne de cet Amour de l'Humanité jusqu'à la Passion, tel le pélican qui se perce le flanc pour nourrir sa progéniture. " Pélican plein de bonté, ôSeigneur Jésus, lavez dans votre sang nos souillures ", dit saint Thomas d'Aquin.

Pour saint Paul, le véritable modèle de l'amour chrétien n'est pas le simple altruisme : c'est le renoncement à soi, tel qu'il se manifeste dans l'ignominie de la croix, dans l'abaissement, le dépouillement, l'humiliation volontaires.

Paul place l'Amour au-dessus de la Foi et de l'Espérance. Ce sont les trois vertus théologales qui évoquent les trois échelons de l'échelle, autre symbole axial.Au rite maçonnique émulation, cette échelle est représentée reposant sur la Bible. Il est dit que " le F.M. qui possède cette vertu (la Charité) dans son sens le plus vaste, peut être considéré à juste titre comme ayant atteint le sommet de sa profession spirituelle ".

Le Graal serait pour certains une pierre précieuse tombée du front de Satan.En effet, du combat entre Michaël et Satanel, Satan devait perdre le El, la Lumière Divine.

Le symbole de la pierre s'applique particulièrement au Christ, "la pierre rejetée par ceux qui bâtissaient est devenue la principale d'angle ", (Matthieu XXXI, 42 ; Marc XII, 10 ; Luc XX, 17 et I Pierre 6,9) réminiscence du Psaume 118.

Le Christ constitue la clé de voûte de ce message d'Amour délivré dans le Nouveau Testament.

" Approchez-vous de Lui, Pierre vivante, rejetée par les hommes mais choisie et précieuse devant Dieu, et vous-même, comme des pierres vivantes, édifiez-vous pour former une maison spirituelle, un Saint Sacerdoce " Pierre I ,4, 7.

Ce symbole de la pierre se retrouve enfin dans l'Apocalypse, II, 17 :

"A celui qui vaincra, je donnerai la manne cachée et je lui donnerai un caillou blanc ; et sur ce caillou est inscrit un Nom nouveau que personne ne connaît, si ce n'est celui qui le reçoit... ".

Chacun d'entre nous peut s'interroger sur ses capacités à vaincre, sur la force de son Amour, et sur son mérite, un jour, de lire le Nom Sacré.

                                                               *

                                                           *     *

Les Fidèles d'Amour sont l'illustration d'un phénomène qui se précisera par la suite, la communication d'un message spirituel secret par la littérature.

On peut retrouver cette forme dans le mouvement surréaliste par exemple ou bien dans le si mystérieux cabaret du Chat Noir, dont le conseil de tutelle comprenait, d'après Richard Khaitzine, Ferdinand de Lesseps, Jules Verne, Nadar, Mistral, Anatole France, Camille Flammarion.....

L'aspect poétique semble repris par Lamartine dans son poème« Le Temple »où la Dame se prénomme Elvire.

Par ailleurs, ce message d'Amour chrétien occupe un rôle central dans l'œuvre de Louis-Claude de Saint-Martin, puis dans le martinisme.

Enfin, cette Tradition d'Amour a été traitée par Jean Tourniac dans plusieurs ouvrages, dont un beau recueil de poèmes, « Chair et Mystère ».

Ce modeste travail interpelle naturellement les francs-maçons dans la mesure où ils croient que l'Ordre, et plus singulièrement le Rite Écossais Rectifié, ont un rôle à jouer dans la transmission de la Tradition. Tous, nous pouvons nous interroger sur notre action dans ce domaine, la place que nous donnons à l'Autre dans notre démarche, sur le sens profond que nous entendons donner à cet Amour fraternel, l'agapê.

Mais en tant que, martinistes, maçons et chrétiens, loin de l'agitation du monde profane, il me paraît à la fois bénéfique et indispensable de « réfléchir » sur cet Amour qui nous illumine, et sur la manière de le partager avec nos frères en martinisme, en maçonnerie et en humanité.


SOURCES BIBLIOGRAPHIQUES :

Henry CORBIN : « Rûzbahn – Le jasmin des fidèles d'amour » (éd. Verdier)

René GUÉNON : « L'ésotérisme de Dante » (Gallimard) et Aperçus sur « l'ésotérisme chrétien » (éd. Traditionnelles)

Paul-Alexis LADAME : « Dante, prophète d'un monde uni » (éd. Jacques Granger)

Marina MARIETTI : « Dante » (P.U.F., collection Que sais-je ?)

Robert PANNET : « saint Bernard, le service de l'Église » (éd. du Centurion)

Jean TOURNIAC : « Symbolisme maçonnique et tradition chrétienne » et « Principes et problèmes du Rite Écossais Rectifié » éd. Dervy-Livres)

Des hypostases du Grand Esprit Invisible
Le Martinisme dans Balzac

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mardi 18 mai 2021
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